Feux Doubs!
Les fraises
Categories: LéoJG

Soudain, la nuit est tombée, et je suis sur les dunes. Autour de moi les exilés volontaires ont fait de la pierre des paillasses pour dormir. Sur ma peau de nouveaux tatouages sont apparus, et de la barbe sur mon menton. Je porte ce t-shirt rouge que j’aime bien et mon vieux cargo noir. Je sens sur mon bras coaguler une blessure fraîche. Adossé au mur j’attends le signal du départ. Je regarde les ombres bouger. Je pense à cette femme que j’aime et qui doit dormir quelque part. J’ai au cœur des déclarations qui la laissent interdite. Tout est bleu et jaune et scintille et s’invite comme cette odeur de fleurs qui arrive jusqu’à moi.

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J’ai le cœur lourd ce soir, plein de cette saveur terne d’une colère refroidie. Je suis fatigué, je me sens errant, dans les rues – dans ma vie – dans toutes ces émotions, surtout. J’aimerais m’éteindre. Pas dans son sens définitif non, au sens alternatif d’un bouton-pressoir. Faites de moi une lampe. Laissez-moi reposer, éteinte, un moment. Je sais que ma lueur vous éclaire – vous réchauffe. Ce soir je veux rester froid – en moi-même – en dedans.

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J’ai des envies de bicyclette qui tourne autour du rond-point, toujours plus vite, jamais calme, même direction, il faut pédaler toujours sinon : on tombe. Je me souviens du genou à la peau arrachée et du bleu dans le mollet. Une trace de pédale.

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J’attrape le marqueur. Sur ma peau, en grosses lettres, le dessin de la peur, comme un souvenir d’autrefois qui nous guide à peine, juste assez latent pour surgir à chaque coup de cloche à chaque pas qui claque trop près – peut-être ces claques sont-elles pour moi. Je pourrais me lasser des odeurs indélébiles mais non, toujours je veux rester là, dans l’odeur des Velleda. Sur le tableau le prof a écrit des promesses. Sur mon cahier j’écris soigneusement tout ce qui doit être écrit – au mot près si j’ai le temps – d’ailleurs je fais la course – c’est satisfaisant. Pas de pot d’encre mais les petites capsules grises, bleues, où flotte la bille qu’on collecte ensuite, par une percée de plastique. Moi, ce sont les mines de crayon que je collectionne.

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Le décalage d’après l’école, aux imaginaires furtifs aux démons de passage aux ensorcellements de milieu de rue et de jardin a succédé l’implant toxique diluvien de pensées – cacophonies d’images brouillonnes à embrouiller les hémisphères – ça ne fait pas de mal et pourtant ça tourne comme un passage de chanson mal retenu – à en tomber par terre et par terre le verre d’eau fontaine déliquescence acrobaties sans risque en courbure de lit double se vautrer à plat ventre dans une nuit vertige.

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Partout autour des noms déjà vus lus encrés à même nos bouches. Alors assis on se laisse osciller. J’ai glané des fraises sur un trottoir – des ombres aussi et des bouches d’égout. Des images de mer, photos de mer, poèmes de mer et d’océan – houleux, tangibles et frais.

 

2023